30 août 2010


Lettrines celtes

Pour une fois (probablement la première) je ne vais pas vous la jouer sur le mode « je ne vais pas y arriver, j’suis trop nulle ou encore il faut que je bosse dur« .

Non. Ce soir, je vais me livrer à un exercice différent que j’espère plus bénéfique : au lieu de m’appesantir sur ce qui va et ce qui ne va pas, je vais essayer de parler du pourquoi ça me plait.

Vous me direz, on s’en fout du pourquoi. Oui, mais moi non, car finalement, il y a peut-être matière à apprendre et avancer en me posant cette simple question, que je ne me pose quasiment jamais, car cela devrait m’obliger à me révéler ce qu’il y a au dedans et que j’ai bien du mal à exprimer. Et puis, je suis ici chez moi, alors c’est moi qui décide :-p

Trève de bla-bla. Donc, pourquoi les lettrines celtes me plaisent-elles ?

….

(Patience, je réfléchis)

….

(Désolée, c’est un peu plus long que prévu)

….

(Bon, ça y est, je crois que j’en suis venue à bout)

Tout d’abord, il y a quelque chose de gracieux dans ces formes. On a quitté la rigueur affreusement ennuyeuse de l’époque romaine (qui nous a tout de même légué nos lettres bâtons modernes). Ces capitales, tout en restant très lisibles, possèdent un petit brin de fantaisie que j’aime bien. Discret, mais fantaisiste quand même (comme moi ?)

Ensuite, la simplicité et la vivacité des coloris m’enchantent. Vif mais pas criard. Un parfum d’enfance retrouvée.

Viens ensuite l’usage important du noir, qui donne beaucoup de contraste et rehausse les formes et les couleurs. J’aime ce qui est contrasté, ce qui « saute aux yeux ». Les formes cernées sont aussi un vrai plaisir, formes qui m’évoquent des images aussi différentes que les estampes d’Hokusai, les dessins art déco de Mucha ou encore les albums de Tintin. Vous l’aurez compris, autant de dessins qui ont pour caractéristique commune d’être des synthèses de ce qu’ils représentent. En quelques lignes, tout est dit, sans chi-chi ni discours inutile. J’y cherche donc sans doute cette capacité de synthèse qui me manque.

Quoi d’autre ? Ces lettres me rappellent la patience nécessaire pour les accomplir. Tout ces petits points rouges soigneusement alignés … qui laissent tout le loisir de réfléchir pendant qu’on les exécute. Patience et lenteur de la main qui forcent l’esprit (mon esprit) à fonctionner moins vite, qui m’oblige à me situer dans l’instant et non à me projeter sans arrêt dans l’avenir. Une thérapie en quelque sorte 😉

Et puis aussi le côté « ancien », je dirais même « Ancien ». Je reste toujours fascinée par les réalisations humaines des temps anciens, les motivations profondes qui ont permis de réaliser des chefs-d’oeuvre comme le livre de Kells ou de Lindisfarne.

Ben voilà, c’est bien ce que je pensais, il y a quand même beaucoup de moi là-dedans.

Et comme je ne peux pas m’empêcher de parler un peu technique, j’ai quand même un peu galéré sur la réalisation. Après avoir essuyé un cuisant échec sur papier (je vous déconseille l’usage de la plume ultra-pointue et de l’encre sur du papier aquarelle, ça bave, ça tâche, et ça encrasse la plume de fibres de papier), je me suis rabattue sur l’étonnant parchemin végétal. Un régal, tant pour l’aquarelle que pour l’encre. Seul inconvénient de ce papier relativement fin, il gondole dès qu’il est en contact avec l’humidité. A la limite, vous laissez quelques minutes vos mains dessus, la simple condensation de vos mains va le faire frisoter.

Les traces sont encore hésitants, je ne maitrise pas encore l’engin de plume que j’utilise. C’est sans doute aussi la représentation imagée de mon manque de confiance (et de mon manque de pratique surtout :-D)

Voilà donc un marque-page destiné à mon cher et tendre, réalisé à l’encre et à l’aquarelle sur parchemin végétal (format 18*7 cm)

marque page lettrine celtique

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3 commentaires pour “Lettrines celtes”

  1. Agloup dit :

    Whaaaa !!! Vraiment très chouette je trouve : le graphisme des lettres (simple mais suffisamment élaboré tout de même pour ne pas apparaître banal), les teintes et leur harmonie. Non, vraiment, c’est très bon pour moi.
    Pour ce qui est des « traces » que tu juges « hésitantes », moi, cela ne me dérange pas plus que ça, pour ne pas dire pas du tout même…
    Par contre, il y a quelque chose d’amusant dans ton billet, c’est qu’à aucun moment tu ne fasses référence à la « présence » animalière. Or pour moi dans ces lettrines, du moins, telles que je les vois avec mon cerveau passablement dérangé, ce « caractère » animalier du caractère calligraphié me semble extrêmement attirant. « Comme c’est intéressant » disait la vieille tortue… Peux-tu m’en dire un peu plus à ce sujet ? Les parties animales sont-elles toujours situées à l’extrémité droite (sens de la lecture) ou y-a-t-il des caractères qui « débutent » par la forme animale ? Et d’ailleurs pour rebondir sur l’aspect précédent ie les traces hésitantes, ne faut-il pas y voir en fait la question de la transformation (métamorphose ?) du corps de caractère en corps d’animal (à moins que ce ne soit l’inverse d’ailleurs ?). Ainsi « posé » le problème de l’hésitation du tracé pourrait se révéler peut-être plus stimulant en terme de progression que la stricte perfection technique de la ligne « parfaite » ? Ce n’est là que mon humble avis…
    Ceci étant, la présence (à la lecture j’entends) de ces petits points me paraît elle aussi intellectuellement très fertile car ils me semblent jouer un rôle autant en terme de lisibilité du caractère qu’en terme d’interrogation, de curiosité (signifiant vs signifié). Là, aussi, y-a-t’il des explications à leur présence ?
    Désolé pour toutes mes questions calli-analphabet comme mes pieds 😉 et pour toutes mes élucubrations mentales…
    Enfin, tu l’auras compris, je suis conquis par ce travail…

    • Noon dit :

      Mon très cher Agloup, je vais tenter d’apporter quelques réponses à toutes ces interrogations.

      Au sujet de la présence d’animaux, il faut tout d’abord préciser que les animaux et leur représentation figurative et symbolique est un élément important de la mythologie et de l’art celte. Ces motifs étaient abondamment utilisés dans la décoration des objets de la vie quotidienne, des armes, des bijoux.
      Ceci dit, les lettrines qui m’ont inspirées datent de l’époque où la civilisation chrétienne naissante fusionnait avec la civilisation celte finissante. Ainsi, les moines chrétiens irlandais ont eu à cœur de perpétuer la tradition païenne figurative celte tout en réalisant leur travail de transcription écrite des textes sacrés.
      C’est ainsi que animaux et entrelacs se sont retrouvés intégrés à la calligraphie, la mettant habilement en valeur.

      En ce qui concerne la place des animaux dans les lettres, j’ignore si elles ont une signification. J’y vois plutôt une recherche esthétique. Ainsi, pour le marque-page, j’ai positionné moi-même les têtes d’animaux là où je trouvais qu’elles étaient à leur place.

      Concernant les petits points rouges, je n’ai rien trouvé concernant leur signification, mais plutôt sur leur fonction. Dans la mise en page des premiers manuscrits, les lettres principales (que nous appelons aujourd’hui lettrines) étaient peintes ou cernées de rouge, ruber en latin, qui a donné rubriquées. On parle donc de lettres rubriquées. Ces petits points rouges servent donc à repérer visuellement le début des paragraphes, chapitres, etc …
      Mais les moines irlandais ont largement débordé sur la fonction initiale, utilisant ces points rouges pour décorer, remplir l’espace, ces points jouant alors un rôle décoratif et esthétique.

      Ceci dit, pourquoi des petits points ? En regardant quelques photos d’objets celtes réalisés en métal, j’y ai vu une similitude : la présence de tout petits creux ou marques régulières qui cernent les formes. Ces points rouges seraient alors un autre emprunt à ce qui caractérise la civilisation celte, à savoir le travail du métal.

      Voilà ce que j’ai pu trouver pour satisfaire ta curiosité.

  2. Agloup dit :

    Merci à toi pour ces précisions…

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